Le canal de Bruxelles déborde de déchets, avec une nouvelle fois Colruyt et ses marques propres comme plus grands pollueur
Grâce une vaste analyse de 9.000 déchets repêchés dans le canal de Bruxelles, il apparaît que les marques propres de Colruyt sont à nouveau les plus nombreuses à polluer le canal. Le top trois est complété par Cristaline (Alma) et The Coca-Cola Company, ce qui en fait, pour la quatrième année consécutive, les trois entreprises les plus polluantes du canal. Les déchets les plus fréquemment retrouvés sont les bouteilles en plastique et les canettes, un problème tenace pour lequel il existe pourtant une solution miracle : la consigne.
Depuis maintenant six ans, City to Ocean repêche les déchets du canal de Bruxelles en kayak. Chaque année nous analysons, pendant deux mois, tous les déchets repêchés. Nous identifions qui sont les producteurs et de quel type de déchets il s’agit. Nous faisons un Brand Audit. La pollution due aux déchets d’emballages atteint aujourd’hui des proportions dramatiques et touche toutes les formes de vie sur terre. Les Brand Audits, réalisés partout dans le monde, mettent en lumière la responsabilité des producteurs ainsi que les causes structurelles de la pollution, à savoir la production de quantités ingérables d’emballages à usage unique. Les Brand Audits permettent également de mieux comprendre quels types de déchets polluent le plus, afin de prendre des mesures ciblées et d’enrayer cette pollution.
Depuis maintenant six ans, City to Ocean repêche les déchets du canal de Bruxelles en kayak. Chaque année nous analysons, pendant deux mois, tous les déchets repêchés. Nous identifions qui sont les producteurs et de quel type de déchets il s’agit. Nous faisons un Brand Audit. La pollution due aux déchets d’emballages atteint aujourd’hui des proportions dramatiques et touche toutes les formes de vie sur terre. Les Brand Audits, réalisés partout dans le monde, mettent en lumière la responsabilité des producteurs ainsi que les causes structurelles de la pollution, à savoir la production de quantités ingérables d’emballages à usage unique. Les Brand Audits permettent également de mieux comprendre quels types de déchets polluent le plus, afin de prendre des mesures ciblées et d’enrayer cette pollution.
Colruyt obtient la première place avec ses marques propres Everyday (123 pièces), Carapils (109 pièces) et Boni (37 pièces). Alma, en deuxième place avec les marques d’eau Cristaline (230 pièces), Louise (18 pièces) et Saint-Amand (2 pièces). Et The Coca-Cola Company en troisième place notamment avec ses marques Coca-Cola (92 pièces), Fanta (28 pièces) et Chaudfontaine (12 pièces). La quatrième place est occupée par Pepsico, qui remonte d’une position par rapport à 2024, notamment avec les marques Lay’s (94 pièces), Doritos (27 pièces) et Lipton Tea (27 pièces).
Les supermarchés entretiennent le problème
Les supermarchés occupent une position unique dans la chaîne de consommation, entre le client et le producteur. Ils peuvent soit perpétuer le problème des déchet, soit permettre de véritables solutions. C’est ce que démontre également BreakFreeFromPlastic avec son Supermarket Audit. Les supermarchés comme Colruyt, qui vendent en plus d’autres marques un grand nombre de leurs propres marques, disposent d’un potentiel deux fois plus important pour s’attaquer au problème des déchets, au lieu de l’aggraver.
Colruyt, Lidl, Aldi et Delhaize, ces quatre supermarchés figurent dans le top 20 de notre brand audit avec leurs marques propres. À cela s’ajoute qu’une très grande partie des déchets d’autres marques repêchés dans le canal a également été achetée dans ces mêmes supermarchés.
Les supermarchés entretiennent le problème en :
- s’opposant à l’introduction de la consigne sur les canettes et les bouteilles en plastique, Colruyt étant le principal obstacle
- vendant presque tous leurs produits dans des emballages à usage unique
- utilisant des doubles emballages pour créer des multipacks, Colruyt en étant le plus grand utilisateur de ces doubles emballages
- ne proposant pas d’aliments secs en vrac
- n’encourageant pas les clients d’utiliser leurs propres contenants
- ne mettant pas à disposition de comptoirs permettant d’acheter des quantités choisies
- vendant encore une partie des fruits et légumes emballés
Alors que 3 Belges sur 4 souhaitent acheter des produits avec le moins d’emballage possible et qu’une nouvelle étude montre que la pollution plastique peut être arrêtée en 15 ans grâce aux systèmes de consigne et au réemploi.
L’Audit des supermarchés de BreakFreeFromPlastic montre également que les supermarchés, partout dans le monde, ne résolvent les problèmes ci-dessus que lorsqu’ils y sont obligés par la législation, les actions volontaires sont quasiment inexistantes.
Les plus grandes entreprises polluent à l’échelle mondiale
The Coca-Cola Company et Pepsico, deux des plus grandes entreprises de biens de consommation au monde, figurent dans le top 4. Les deux entreprises sont régulièrement désignées comme les plus grands pollueurs dans les brand audits à travers le monde et comptent parmi les plus gros clients des entreprises de combustibles fossiles productrices de plastique. C’est évident que la quantité de plastique utilisée par une entreprise est directement liée à la quantité de plastique de cette entreprise que l’on retrouve ensuite dans l’environnement.
Tout comme les supermarchés, ces entreprises sont structurellement responsables de l’immense pollution que l’on constate dans nos rues, nos cours d’eau et nos océans. Et au lieu de collaborer aux solutions, nous constatons qu’elles font le contraire. Fin 2024, Coca-Cola a discrètement abandonné son objectif initial de vendre 25 % de ses produits dans des emballages réutilisables d’ici 2030. Début novembre, il est également ressorti que Coca-Cola avait utilisé 10 % de plastique vierge en plus au cours de l’année écoulée, au lieu de réduire cette quantité. Pepsico, de son côté, a fait exactement la même chose. En mai de cette année, l’entreprise a annoncé qu’elle renonçait à son objectif d’utiliser 20 % d’emballages réutilisables d’ici 2030, tout en revoyant à la baisse ses objectifs de réduction du plastique vierge et d’augmentation du plastique recyclé.
Il n’est donc pas surprenant que les projections indiquent que la quantité actuelle de plastique produite chaque année (450 millions de tonnes) doublera d’ici 2040 et triplera d’ici 2050. Et ça malgré que le plastique, en plus de polluer l’environnement, contribue fortement au réchauffement climatique. Il est présent sous forme de microplastiques dans le sang humain, les poumons, les placentas. Ces microplastiques provoquent diverses maladies chez l’être humain. Il nuit gravement à la biodiversité et submerge les systèmes de gestion des déchets dans le monde entier.
Objets les plus repêchés
Largement en tête, on retrouve les bouteilles en plastique (732 unités) et puis les canettes (467 unités). Si l’on y ajoute les étiquettes des bouteilles en plastique (268 pièces), les bouchons (118 pièces) et les emballages plastiques servant à emballer canettes et bouteilles (41 pièces), on atteint même 20 % des déchets analysés. C’est une quantité énorme de déchets d’emballages de boissons qui se dégradent en microplastiques dans l’environnement et qui se déverse dans la mer via le canal. Cette pollution au macro et microplastiques aurait pu être évitée depuis des années.
Le paysage politique belge débat depuis longtemps à propos de l’introduction de la consigne, tout comme les mouvements écologistes qui la défendent depuis des années. Pourtant, cette mesure n’est toujours pas instaurée à cause de la forte opposition de l’industrie. Pendant ce temps, de nombreux pays voisins ont déjà introduit la consigne, et un pays comme l’Allemagne parvient, grâce à ce système, à collecter séparément 97 % des canettes et bouteilles en plastique, un taux de retour dont la Belgique ne peut que rêver.
Le top 5 est complété par les emballages alimentaires en plastique (432 pièces), les emballages non alimentaires en plastique (421 pièces) et le polystyrène (403 pièces).
Nous avons également constaté que :
- la grande majorité des déchets repêchés sont des emballages à usage unique
- 76 % de tous les objets qui proviennent des trois principaux producteurs, sont des emballages de boissons
- 64 % de toutes les bouteilles en plastique sont des bouteilles d’eau, dont 54 % de la marque Cristaline
- 49 % de toutes les canettes sont des canettes de bière, suivies par les sodas (31 %) et les boissons énergisantes (20 %)
- 47 % du matériel lié à la consommation de tabac, sont des briquets
- les gobelets en plastique, avec 235 pièces (10ᵉ place), et les gobelets en papier, avec 88 pièces (16ᵉ place), sont très fréquents
- les pochettes à boire comme Capri-Sun (153 pièces) ne sont toujours pas recyclables et terminent très fréquemment dans l’environnement.
Nos demandes aux supermarchés, aux producteurs et aux pouvoirs publics
Tout le monde est agacé par les déchets auxquels nous sommes quotidiennement confrontés dans la rue et dans la nature, et ce n’est rien comparé aux dégâts qu’ils provoquent. Des mesures doivent être prises si nous voulons renverser la tendance. Voici nos demandes aux supermarchés, aux producteurs et aux pouvoirs publics :
Les pratiques commerciales suivantes doivent devenir la norme dans les supermarchés :
- Consigne sur les canettes et les bouteilles en plastique
- Aliments secs en vrac
- Possibilité d’apporter ses propres emballages
- Un comptoir (boucher, boulanger, etc.) où il est possible d’acheter des quantités choisies
- Produits vendu dans des emballages réutilisables avec l’infrastructure permettant de les retourner
- Ne plus suremballer les produits dans des doubles emballages (multipacks)
Les producteurs doivent :
- passer aux emballages réutilisables
- publier leur utilisation de plastique et la réduire de manière ambitieuse
- Revoir chacun de leurs emballages pour réduire au maximum la quantité de plastique
Les supermarchés et les producteurs doivent :
- arrêter la publicité pour les boissons emballées dans des contenants à usage unique
- arrêter la publicité trompeuse qui présente le recyclage comme solution
Les pouvoirs publics doivent :
- rendre toutes ces mesures positives obligatoires par la loi, car les initiatives volontaires ne fonctionne pas
- promouvoir et faciliter la consommation d’eau du robinet à grande échelle, avec de nombreuses fontaines dans l’espace public.
- instaurer une augmentation de la TVA sur l’eau en bouteilles plastique comme la France souhaite le faire en 2026, de 5,5 % à 20 % sur l’eau et les boissons gazeuses en emballages à usage unique.
Les consommateurs qui souhaitent aujourd’hui générer moins de déchets doivent se battre contre le système chaque jour. Les mesures ci-dessus sont indispensables pour réduire cette production de déchets, lutter contre le réchauffement climatique, protéger la santé humaine, la biodiversité, le bien-être des communautés et enfin rendre le canal propre.
Si rien n’est fait, la production de plastique augmentera deux fois plus vite que nos capacités de traitement des déchets. La pollution plastique doublera au cours des quinze prochaines années pour atteindre 280 millions de tonnes par an, soit l’équivalent d’un camion-poubelle de plastique déversé chaque seconde dans l’environnement.
Qui osera expliquer cette inaction à ses enfants, alors qu’ils voient déjà chaque jour l’ampleur dramatique de la pollution ? Qui assumera d’avoir fermé les yeux alors que la santé des générations futures et l’équilibre de tous les milieux naturels sont directement menacés ?
Le constat est sans appel. Nous voyons la pollution. Nous connaissons l’ampleur et les conséquences de cette pollution. Les responsables politiques, les producteurs et les chaînes de supermarchés le savent aussi. Il est grand temps d’agir, maintenant, avec courage.
